04-03-2007

L'HISTOIRE DE MHERE

Depuis sa création jusqu'en 1867

Par   J.-F. BAUDIAU

Curé de DUN-Les-Places


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Pour dresser la carte touristique et routière de la commune, il a fallu rassembler une importante documentation. Pour établir le blason, il a fallu remonter jusqu'à la création de la paroisse : l'art héraldique est précis et ne permet aucune fantaisie.

De tous les ouvrages consultés, le plus complet est sans conteste "LE MORVAND" par l'Abbé BAUDIAU, publié en 1854. Le succès en fut si grand qu'une deuxième édition, en trois volumes, parut en 1867.

Pour écrire cette oeuvre remarquable - 1800 pages - M. l'Abbé Baudiau a dépouillé les archives des communes, des paroisses et des anciennes maisons seigneuriales, de Luzy à Avallon. Bien sûr, son oeuvre, on devrait dire son chef-d'oeuvre, a un caractère re­ligieux, mais au travers on y reconnaît l'histoire tout court.

Voici donc, pour votre agrément, un abrégé de l'histoire de MHERE.

MHERE, Mahera, de Mahore.

Eglise de Mhère, Eglise Saint-GermainSur la rive droite de l'Yonne, à seize kilomètres environ au sud­-est de Corbigny, on trouve la commune de Mhère qui, par son impor­tance, est la quatrième du canton. En 1667, elle comptait cent cin­quante familles et quatre cents communiants. Le territoire, l'un des plus acci­dentés du Morvand, est borné, à l'est, par une chaîne de hautes montagnes, qui le sépare de la commune d'Ouroux. La superficie générale comprend 2525 hectares, dont 456 sont en bois. Une voie romaine traversait autrefois cette commune.

Au dernier siècle, la paroisse de Mhère dépendait du diocèse d'Autun et de l'archiprêtré de Corbigny. Elle relevait, au civil, du comté, de l'élection et du grenier à sel de Château-Chinon, à l'exception de la partie d'Enfer et de Chassy, qui était de l'élection et du grenier à sel de Vézelay. Il y existait sept justices seigneu­riales. Les hameaux d'Enfer, de l'Huis-Beaupied, du Pont-de-Pannecière et de Pré-Germain étaient alternatifs avec Montigny en Morvand, et par conséquent, tantôt du diocèse d'Autun, tantôt de celui de Nevers, puisque l'Yonne faisait la limite des deux évêchés. De toutes ces juridictions devaient résulter beaucoup d'entraves.

Cette paroisse doit son origine à un antique oratoire ou chapelle, bâti, au neuvième siècle, par les moines de Corbigny, dans une mé­tairie considérable qu'ils y possédaient. Ces religieux y entretenaient alors des frères convers pour la culture des champs et la garde des troupeaux. Nous lisons dans une chronique manuscrite de l'abbaye de Saint-Léonard, que tout religieux, qui recevait les saints ordres, était tenu de se rendre, dans l'année, à Flavigny, et que, soit en allant, soit au retour, il lui était permis de s 'arrêter à Mhère pour se reposer et changer de linge. L'abbé conserva, jusqu'en 1789, la seigneurie du clocher, le patronage de la cure et un droit de haute justice. Il partageait les dîmes avec les comtes de Château-Chinon, le baron de Chassy, le seigneur de Boue ou Boueix, et devait la por­tion congrue au curé.

Le village de Mhère, si on en croit quelques écrivains, tirerait son nom de Mercure, messager des dieux du paganisme. Mais peut-être serait-il rationnel de chercher cette étymologie dans le mot "meix", dont on a fait métairie et enfin domaine.

Mhère est agréablement situé sur le flanc méridional d'une colli­ne, presque à l'extrémité nord du territoire de la commune. Au milieu, est une grande place, où se tenaient cinq foires par an et quatre autres à Enfer.

Eglise de Mhère, Eglise Saint-Germain (vue intérieure), lustreSur le côté oriental de cette place, s'élève la nouvelle église parois­siale, commencée en 1861 et achevée trois ans après. Elle a été construite sur les plans et devis de G. Grandpierre, architecte à Cla­mecy. Son style est le roman du onzième siècle. Elle est à trois nefs, séparées par des colonnes cylindriques,  surmontées de gracieux chapiteaux sculptés. Les voûtes d'arête sont portées par des arcs-doubleaux et forment cinq travées, non compris le transept. Dans les bras de la croix,  sont des absidio­les avec autels. Celui du nord est dédié à la Vierge immaculée et ce­lui du sud à Saint Etienne. Dans l'abside, s'élève le maître-autel, placé sous le vocable de Saint Germain,  évêque d'Auxerre. En avant du portail de l'ouest, est bâtie la tour du clocher, surmontée d'une flèche en ardoises. Sous le choeur, règne une belle chapelle souter­raine, que la déclivité du sol a forcé d'établir.

Cette église, l'une des plus gracieuses du Morvand, a trente mètres de long sur quinze de large. Elle a été consacrée, avec ses trois au­tels, le mercredi 31 août 1864, par Mgr. Théodore Augustin Forcade, évêque de Nevers, entouré d'une foule de prêtres et en présence d'une multitude de fidèles. On remarquait parmi ceux-ci le procureur géné­ral Dupin, sénateur. L'église de Mhère est due surtout à l'initiative de son excel­lent maire, M. Etienne de Lagrange, officier de la Légion d'Honneur, fort estimé de tous.  

Mhère, Chapelle du Banquet

A l'extrémité septentrionale de la chaîne de montagnes qui borne la commune, du côté de l'est, il en est une dont le cône, entièrement dénudé, compte 551 mètres au-dessus du ni­veau de la mer ; elle se nomme "Le Banquet". Ce nom rappelle les joyeux festins que se donnaient autrefois, à son sommet, les villageois des environs. De là, on jouit d'un des plus beaux coups d'oeil du Morvand. Vers l'ouest surtout, la vue plonge dans une vaste plage, de plus de quinze lieues d'étendue, où elle rencontre des villes, des bourgs, des villages et des châteaux, en grand nombre. Parmi ces derniers, on distingue celui de Raffigny, dans la vallée de l'Anguison, au nord-ouest. C'est à cette circonstance qu'est due la chapelle qui couronne, ainsi qu'un phare religieux, la cime de la montagne.

Souvent M. Dupin et sa pieuse épouse, du haut de la terrasse de leur manoir, avaient arrêté leurs regards sur le "Banquet". Dans leurs entretiens, ils avaient bien des fois exprimé le regret qu'aucun signe religieux, ne fût-ce qu'une croix, ne vint reposer doucement la vue et rompre la désolante monotonie de ce lieu, si élevé et si complètement désert.
 
M. Dupin eut la douleur de perdre, le 17 novembre 1855, sa ver­tueuse épouse. Dès lors la construction de la chapelle fut arrêtée dans son esprit.  Aussitôt il se met en mesure d'exé­cuter le plan préparé par Louis Lenormand, habile architecte de Paris, déjà connu, en Morvand. Le style de la chapelle est le roman du onzième siècle, dans toute sa pureté. Celle-ci se compo­se d'un choeur en abside, d'une nef, à voûte d'arête, et d'un porche, formé par la base du clocher, haut de dix-huit mètres, du sol à la croix. Trois fenêtres en plein-cintre, garnies de vitraux peints, une au fond de l'abside et deux dans la nef, n'y laissent pénétrer qu'une clarté douce et mystérieuse. L'édifice a quinze mètres de long sur sept et demi de large.

La chapelle étant terminée, le mardi 21 septembre 1858, Mgr Dufêtre, évêque de Nevers fut invité à faire la bénédiction solennelle du nouveau sanctuaire.

Après la bénédiction de la chapelle, qui fut dédiée à la Sainte Vierge, sous ce titre, si cher à la contrée : Notre Dame du Mor­vand.

Sous l'ancien régime, la plus grande partie de la commune de Mhère dépendait du comté de Château-Chinon et du bailliage de Lormes.

Boue, autrefois Boueix, avec une partie du chef-lieu, formait une terre, en toute justice, appartenant, au quatorzième siècle, à la maison de Popillon. Perrinet du Pontot, seigneur du lieu, reprit de fief en 1459, et Jean, son fils, en 1504. Elle resta longtemps dans cette famille.

Prélouis, anciennement Préluys, dans une vallée, à l'ouest, fut portée en dot, par Alips de Lautroy, à Jean de Montjardin, écuyer, qui fit aveu au duc d'Athènes, en 1354. Denis de Rodon donna recon­naissance, en 1504, et l'unit à son fief de Vauchisson. Il passa, plus tard, dans la maison de Choiseul.

La Forgeot, dépendance de la terre de Raffigny, appartenait, en 1670, à Dominique Sallonnyer, commis à la régie du comté de Château-Chinon. Ce hameau et celui de Vauprange, sur l'Anguison, où l'on voit un beau moulin à l'anglaise, bâti par Etienne de Lagrange, étaient jadis alternatifs avec Gâcogne.

Jaux, autrefois Jault, près des montagnes, au sud-est, était aus­si une dépendance du comté. Jean Le Pelletier, prêtre, et ses frè­res Humbert, Philippe et Jean. Noble Jacques Girard, sieur de Maré, de Bussy en était possesseur en 1680. Il mourut à vingt huit ans, le 1er avril de l'année suivante, et laissa, entre autres, un fils, François-Eléonor, avocat en parlement et président en l'élection de Château-Chinon, encore seigneur du Jaux, de Bussy et de Maré, en 1742. Ses fiefs entrèrent ensuite dans la maison de Choiseul.

Les hameaux d'Enfer, de Bussy et du Pont-de-Pannecière rele­vaient du duché de Nivernais et faisaient partie de la baronnie de Chassy. Le premier, situé sur une hauteur et traversé par l'ancien chemin de Château-Chinon à Lormes, formait une seigneurie. Ce hameau fut incendié en 1852.

Près de là, est le Pont-de-Pannecière, autrefois Paradis. Il est connu par la rigole de dérivation, qui porte une partie des eaux de l'Yonne dans le canal du Nivernais. Comme il ne se fait aucun commerce en ce hameau, les amis du cabaret disent, par mode de plaisanterie, "qu'il fait meilleur en Enfer qu'en Paradis".

Vallerin, ainsi appelé de sa situation dans une gorge, à un kilo­mètre au nord-ouest de Mhère, a donné son nom à une branche de la famille Gudin, qui le possédait au dix-septième siècle.

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L'Abbaye Saint-Léonard de CORBIGNY fut bâtie en 864 par l'Abbé de Flavigny de l'ordre de Saint Benoît, aidé des deniers de Louis-le­-bègue et de sa deuxième femme Adélis. On a vu que l'histoire de Mhère était liée à celle de Corbigny-Saint-Léonard. A la Révolution, le nouveau régime a confirmé l'état existant en rattachant la commu­ne de MHERE au canton de CORBIGNY.

Dernière mise à jour : ( 05-05-2007 )
 
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